Calopteryx virgo

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Calopteryx virgo (Linnaeus, 1758)

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Caloptéryx vierge [de Selys Longchamps 1840], Libellule vierge [Olivier, 1792], Agrion vierge [Latreille, 1805], Ulrique, Louise, Bellaile des Vestales - (en) Beautiful Demoiselle
Libellula virgo Linnaeus, 1758 (partim) [incl. Calopteryx splendens], Libellula splendeo Harris, 1780, Agrion nicaeensis Risso, 1826 [2], Agrio cyaneus Selys in Meisser, 1831, Agrio oeneus Selys in Meisser, 1831, Agrion festiva Brullé, 1832 [1], Calepteryx anceps Stephens, 1835, Calepteryx ludoviciana Stephens, 1835, Agrion colchicus von Eichwald, 1837, Agrion vesta de Charpentier, 1840, Calopteryx inornata de Selys Longchamps, 1840, Calepteryx haemorrhoidalis Evans, 1845 (nec Vander Linden, 1825) [Syn. mineur], Calopteryx virgo var. occitanica Walker, 1853, Calopteryx virgo var. typica Walker, 1853 [Syn. mineur], Calopteryx virgo meridionalis de Selys Longchamps, 1873 [2], Calopteryx violacea Dziedzielewicz, 1902, Calopteryx virgo britannica Conci, 1952 [A corriger sur la WOL ; signalé le 28 août 2019], Calopteryx virgo padana Conci in Conci & Nielsen, 1956, Calopteryx virgo festiva f. schmidti Conci in Conci & Nielsen, 1957 [Syn. mineur] [A préciser], Calopteryx pseudoneurobasis St Quentin, 1958, Calopteryx virgo feminalis Kosterin, 2017

Non menacée - LC

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©© bysa - Göran Liljeberg, Hallvard Elven - Naturhistorisk museum, Universitetet i Oslo - Lien Internet

La description de Linnaeus (1758) comprends plusieurs variétés qui couvrent les âges et les espèces principales d'Europe, notamment Calopteryx splendens inclus. C'est ultérieurement que ce taxon a été limité à Calopteryx virgo. En effet après près d'un siècle de tergiversations on voit avec de Selys Longchamps (1850) une désignation cohérente et pérenne de ce taxon [5].
Notons que Calopteryx vigro altaica [sic !] corresponds à Calopteryx japonica.
Le taxon nicaeensis de Risso (1826) corresponds à Calopteryx virgo meridionalis de Selys Longchamps, 1873 ; celui-ci est antérieur et corresponds au bon nom de cette sous-espèce.

  • Calopteryx virgo virgo (Linnaeus, 1758) - Europe tempérée et continentale, parties méridionales de l'Europe septentrionale, Grande Bretagne, Irlande.
  • Calopteryx virgo feminalis Kosterin, 2017 - Russie.
  • Calopteryx virgo festiva (Brullé, 1832) - Parfois envisagée comme une espèce distincte. Balkans, îles grecques et turques, Anatolie, sud de la Roumanie, Ukraine, Russie, Caucase. Probablement en Dalmatie, Italie ou formes intermédiaires, Sardaigne ou Sicile.
  • Calopteryx virgo nicaeensis (Risso, 1826) (= meridionalis) [3] - Parfois envisagée comme une espèce distincte. - Nice (Risso 1826). Péninsule ibérique, méridionale en France et en Italie, Corse, très localisée ou disparue en Afrique du Nord. Disparue du sud de l'Angleterre.

Calopteryx japonica était autrefois considérée comme une sous-espèce.

Angleterre (Muffet 1589-90, Ray 1710), Italie (Aldrovando 1602), France (de Réaumur 1742, de la Chesnaye 1754), Allemagne (Roessel von Rosenhof 1749). Sur les cours d'eau d'Europe (Linnaeus 1758).
Suède (Linnaeus 1761). Slovénie (Scopoli 1763), Danemark (Müller 1764), Italie (Allioni 1766), Suisse (Fuessly 1775), France, Paris (de Fourcroy 1785), Angleterre (Samouelle 1819), Allemagne (Hansemann 1823), Italie (Vander Linden 1825), France, Nice (Risso 1826), Grèce (Brullé 1832), Russie (Eversmann 1836), Belgique (Selys 1837), France, Aix en Provence (Boyer de Fonscolombe 1838). Ensemble de l'Europe (de Charpentier 1840). France, plus rare vers Paris que Calopteryx splendens, commune en Touraine (Rambur 1842). Il faut attendre de Selys Longchamps (1850) pour bénéficier enfin d'un traitement au sens strict de cette espèce ; l'auteur récapitule les différentes façons de voir ce taxon depuis le milieu du XVIIIe siècle [5]. Toutes les mentions antérieures données ici, si elles nous semblent acceptable ont un léger degré d'incertitude. de Selys Longchamps (1850) dit l'espèce présente dans toutes les parties de l'Europe et remplacée en Grèce et Asie mineure par la festiva.


Eteinte en Afrique du Nord (Algérie notamment). Europe, ouest de l'Asie. Dans l'est de l'Asie elle est remplacée par Calopteryx japonica, autrefois considérée comme une sous-espèce de virgo. En expansion localement notamment localement (Deliry 2017), notamment en France comme dans la région Rhône-Alpes (Deliry & al. 2014). Cours d'eau vifs et frais en général, souvent ombragés, jusqu'à 1330 m d'altitude en Ardèche, 1560 m en Corse. Egarée à 2020 m dans les Pyrénées (Deliry 2017) et 2244 m dans le Mercantour (Breton 2011).
En erratisme le long des lisières ou dans les chemins pendant quelques jours lors de la maturation. Les larves se trouvent parmi les racines immergées.
Vole d’avril à fin octobre (Deliry 2017) ; (mai) juin - août (septembre) (Europe centrale ; émergences jusqu’à début juillet, pontes jusqu’à fin août) ; courte période d’erratisme après l’émergence pendant la maturation. Incubation d'une quinzaine de jours. Développement larvaire sur deux ans. Robert (1958) développe largement la biologie de cette espèce : dortoirs, parade nuptiale, ponte, vie larvaire [4].

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©© bysa - Zeynel Cebeci - Turquie le 9 juin 2013 - Wikimedia Commons - Sous-espèce festiva

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©© bync - Yann29Sama - France, Charente-Maritime le 15 août 2015 - Monde des Insecte - Sous-espèce nicaeensis (= meridionalis)

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©© byncsa - Alain Cochet - Jeune ♂ de Calopteryx virgo nicaeensis

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© O.E.Kosterin - Russie, nord du Caucase le 1er août 2015 - sous-espèce feminalis


Abro A. 1996 - Gregarine infection of adult Calopteryx virgo L. (Odonata: Zygoptera). - Journal of Natural History, 30 (6) : 855-859.
Aldrovando U. 1602 - Des Animalibus Insectis libri septem. - Bononiae.
Allioni C. 1766 - Manipulus insectorum Taurinensium. - Melanges phylosophie mathematique Societe royale Turin, 3 (7) : 185-198.
Askew R.R. 1988 - The Dragonflies of Europe. - Harley Books, Colchester : 291 pp.
Boyer de Fonscolombe E.L. 1838 - Monographie des Libellulines des environs d'Aix. Deuxième et troisième parties - Annales Société Entomologique France, 7 : 75-106 + 547-575.
Breton F. 2011 - Bilan de l’inventaire Odonates fin 2011. Parc National du Mercantour. - Doc. PN du Mercantour.
Brullé A. 1832 - Expédition scientifique de Morée. Section des sciences physiques. - Tome III, 1e partie, Zoologie, 2e section, Des animaux articulés.
de Fourcroy A.F. 1785 – Entomologia parisiensis. – Parisii.
de La Chesnaye F.A. 1754 - Système naturel du règne animal. - Paris.
de Réaumur 1742 - Mémoire pour servir à l'histoire des Insectes. - Paris.
Deliry C. 2017 - Odonata Europaea. - Histoires Naturelles, n°49.
Deliry C. & le Groupe Sympetrum 2014 - Liste Rouge des Odonates de Rhône-Alpes 2014. - Col. Concepts & Méthodes, Groupe Sympetrum, Histoires Naturelles, n°25.
Eversmann E.F. 1836 - Libellulinae, Wolgam fluvium inter et montes Uralenses observatae. - Bull. de la Soc. imp. des Naturalistes de Moscou, 8.
Fuessly J.G. 1775 - Schweizerischen Inseckten. - Wintherthur, Zürich.
Geoffroy E.L. 1762 - Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris. - Paris.
Hämäläinen M. 2016 - Calopterygoidea of the World. - Chez l'auteur, Espoo, Finlande.
Hansemann J.W.A. 1823 - Anfang einer Auseinandersetzung der deutschen Arten der Gattung Agrion. - Zool. Magaz. Wiedemann, 2 (1).
Linnaeus C. 1758 – Systema naturae. – 10e édition. – Holmiae.
Meisser 1831 - Dictionnaire géographique de la province de Liège. - Bruxelles.
Miyakawa K. 1983 - Description of the Larva of Calopteryx japonica Selys, in Comparison with C. virgo (L.) and C. atrata Selys Larvae (Odonata, Calopterygidae). - In : Proceedings of the Japanese Society of Systematic Zoology (Vol. 26 : 25-34). - The Japanese Society of Systematic Zoology, décembre 1983.
Muffet T. 1589-90 - Insectorum sive Minimorum Animalium Theatrum. - Réed. 1634 - Londini.
Müller O.F. 1764 - Fauna insectorum Fridrichsdalina. - Hafnia & Lipsia.
Rambur J. 1842 - Histoire naturelle des insectes. Névroptères. - Roret, Paris.
Risso J.A. 1826 - Histoire naturelle des principales productions de l'Europe méridionale et particulièrement de celles des environs de Nice et des Alpes Maritimes. - Levrault, Paris et Strasbourg : 403 pp.
Robert P.A. 1958 - Les Libellules (Odonates). - Delachaux et Niestlé.
Rüppell G. & Hilfert-Rüppel D. 2019 - Touching water by males of Calopteryx virgo L. (Insecta: Odonata) in threatening display. - Intern. J. of Odonatol., 7 février 2019.
Samouelle G. 1819 - The Entomologist's Useful Compendium or an introduction to the knowledge of British insects. - London.
Scopoli J.A. 1763 - Entomologia Carniolica. - Vindobonae.
Vander Linden P.L. 1825 - Monographiae Libellulinarum Europaearum. - Bruxellis.
Walker F. 1853 - List of the specimens of neuropterous insects in the collection of the British Museum. 4. Odonata. - British Museum, London.
[A préciser]


[1] - Décrit sous Agrion festiva Brullé, 1832, ce taxon est regardé comme une variété par Selys (1850) et se trouve en Grèce mais aussi en Asie Mineure. Nous trouvons sous ce taxon Calopteryx virgo padana Conci in Conci & Nielsen, 1956 et même une forme Calopteryx virgo festiva f. schmidti Conci in Conci & Nielsen, 1957 (date [A préciser]). Ce ne sont que de simples variantes.
[2] - On trouve chez de Selys Longchamps (1850) la description d'une race septentrionale et d'une race méridionale qui préfigurent les sous-espèces correspondantes : type et nicaeensis.


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[3] - Agrion nicaeensis Risso, 1826 (description ci-dessous) corresponds à Calopteryx virgo. Ce taxon méridional corresponds même à Calopteryx virgo meridionalis si bien qu'en définitive nous devrions avoir plutôt Calopteryx virgo nicaeensis (Risso, 1826) pour désigner cette sous-espèce. La synonymie est confirmée par l'INPN (2019), par contre Hämäläinen (2016) l'attribue étrangement à Calopteryx virgo virgo. - [20 janvier 2019, 2 février 2019]

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[4] - Les ♂ se réunissent pour passer la nuit, en dortoirs, à faible hauteur, dans les buissons bordant les cours d'eau. Ils s'accrochent sous les feuilles, le corps pendant verticalement et les ailes entrouvertes. Quand il pleut ils ferment complètement leurs ailes (Robert 1958).
Quand une ♀ est en vue, le ♂ le plus proche prend aussitôt son essor et exécute un vol tout particulier (vol nuptial). Porté par un mouvement régulier et très rapide des ailes, l'insecte progresse lentement, vire de droite et de gauche autour de la ♀ et s'en approche toujours plus. Si la ♀ n'est pas consentante, elle ouvre simplement les ailes et relève un peu l'abdomen et si cette manœuvre ne suffit pas, elle s'enfuit en vol. Dans le cas contraire, elle reste immobile, le ♂ se place alors au dessus d'elle, un peu en arrière. Lentement il descend, se pose au somment des ailes jointes de sa compagne et marche doucement sur la marge supérieure de celles-ci, tout en continuant à faire vibrer ses ailes. Arrivé sur le thorax, il recourbe son abdomen et l'enfile entre ses propres pattes et vient saisir le prothorax de la ♀ avec ses pinces terminales. Ensuite il redresse son long corps et se pose sur la branche devant sa compagne. Tandis qu'il la soulève en relevant son corps, cette dernière recourbe à son tour l'abdomen et en applique l'extrémité sous le deuxième segment du ♂, tout en saisissant avec ses pattes celui-ci qui bat encore des ailes. La copulation dure de 2 à 5 minutes puis le ♂ s'envole (Robert 1958).
La ponte se fait toujours dans le milieu du jour, de 11 à 15 h, par le soleil ou, en tout cas par temps chaud et calme. Souvent plusieurs ♀ pondent tout près les unes des autres. Après l'accouplement la ♀ reste un moment sur son perchoir, puis descend au bord de l'eau, souvent à des endroits encaissés, et se met aussitôt à pondre. Elle se pose sur la partie émergée des tiges qui sortent de l'eau ou s'y plongent, tantôt vertes, tantôt sèches. Une fois posée, elle tâtonne avec son long corps jusqu'à ce qu'elle ait trouvé une tige convenable. Si elle se tient sur la partie émergée de la plante, elle pond presque toujours sous la surface, ou du moins dans des tissus imbibés d'eau des tiges qui en sortent. Elle enfonce son oviscapte dans les tissus de la plante et tort l'abdomen ce qui place les oeufs de manière désordonnée sur les trois quart environ des côtés de la tige. Le rythme est d'un oeuf toute les trois à quatre seconde. L'auteur a trouvé jusqu'à 180 oeufs sur 5 cm. L'emplacement de chaque oeuf forme une petite tache ovale de 0,7 mm de long sur 0,3 mm de large, les oeufs étant placés obliquement. La marque bruni avec le temps. L'extrémité de l'abdomen de la ♀ est fréquemment souillé de limons, des traces de ces séjours dans l'eau lors de la ponte, notamment en fin de saison. Une fois l'auteur a observé une ♀ descendre sous la surface, alors les poils serrés de la partie antérieure du corps maintenaient entre eux une certaine quantité d'air et empêchaient l'eau de revenir sur la bête. Ce phénomène est exceptionnel la ♀ ne trempant en général que son abdomen. La pondeuse travaille pendant dix à quinze minutes sans interruption puis elle vient se réchauffer quelques instants au soleil et elle recommence ce même manège à plusieurs reprises. La ponte se fait de préférence dans les pétioles des Populages (Caltha palustris), parfois dans les tiges de Menthe ou de Véronique (Robert 1958).
La vie larvaire est développée par Robert (1958) : Les points oculaires apparaissent deux semaines avant l'éclosion de l'œufs. La vraie larve, dans son tout jeune âge se tient suspendue sous les branches mortes ou les racines qui se trouvent dans l'eau ; ou bien elle marche sur le fond, le bout de l'abdomen relevé tout droit en l'air avec les branchies bien écartées. Elle commence très vite à capturer et à manger de toutes jeunes larves de Diptères, d'Éphémérides ou de Perlides. Elle peut déjà nager en pleine eau, en actionnant ses pattes de droite et de gauche alternativement, mais elle le fait rarement et progresse avec lenteur. Elles sont plus facile à observer quand elles ont atteint une certaine taille. Elles se tiennent alors cachées parmi les racines immergées, sous les feuilles, sous les rebord des pierres ou tout simplement dans les endroits sombres, souvent le dos tourné en bas. Quand la nuit tombe, elles descendent sur le fond de vase du ruisseau et se mettent à le parcourir lentement et avec circonspection. Leurs longues antennes sont dirigées en avant, en même temps elle les abaisse pour palper sans cesse le terrain. A la moindre perception d'un mouvement étranger, la larve se tourne aussitôt de ce côté et redouble ses tâtonnements. Si une nouvelle secousse se fait sentir, le masque se projette en avant et saisi la bestiole. D'un autre côté, particulièrement lentes les larves sont souvent la proie des larves des Cordulegaster. Sa défense est alors la possibilité d'autotomie d'une patte cédée au prédateur. Pendant l'hiver la larve cesse ses activités et se réfugie au fond, s'enterrant plus ou moins dans la vase et ramenant ses pattes contre elle.


[5] - de Selys Longchamps (1850) récapitule les différentes façons de voir ce taxon par les auteurs depuis le milieu du XVIIIe siècle.

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